Et si on s'éteignait demain ?

«Et si on s’éteignait demain ?» de Marie-Élaine Guay: La mort en temps de pandémie

L’attrait que la poésie exerce sur moi est tel qu’à la librairie, à la bibliothèque ou chez des amis, ma main s’empare d’un recueil avant même que mon cerveau ait compris ce que mon œil a vu. Peut-être est-ce aussi l’époque qui provoque cet éveil poétique. Dérouillant une soif collective de sens pour contrecarrer les effets anxiogènes de notre ère. Toujours est-il que c’est un peu de manière inattendue et implacable que Et si on s’éteignait demain ? s’est retrouvé entre mes mains.

C’était dans le salon d’une amie. Elle me tendait un verre de vin que j’ai pris de l’autre main. – Je vous rassure, c’était une semaine avant la pandémie – Et me voilà captivée par cette œuvre collective qui parle de la mort. Une initiative de Marie-Élaine Guay. Reliquat d’un spectacle conçu dans le cadre du Festival du Jamais Lu 2019, publié en octobre de la même année.

À rebours, et parce qu’après l’avoir emprunté et lu, je me dis que c’est une époque fabuleuse pour la regarder en face, sous toutes ses formes, la mort qu’on tente d’oublier trop souvent et qui comme un enfant turbulent, fait parfois des crises pour se faire remarquer, je me demande si Marie-Élaine Guay s’est inscrite en prophétesse avec son cabaret des derniers mots ?

Peu importe, il m’apparait aujourd’hui que parler de la mort par les temps qui courent s’impose.

Et ce collectif l’a si bien fait, que ça me met en joie de vous transmettre la bonne nouvelle. Vous y puiserez des chansons joyeuses que les suicides n’entendent plus auprès de Daniel Leblanc-Poirier et une promesse de ne pas être seul d’Emmanuel Schwartz. Et puis, Virginie Beauregard qui refuse d’embrasser la tragédie de la mort, les gestes revendicateurs de Maude Veilleux, les premières fois de Charlotte Aubin, Jean-Christophe Réhel Je ne te niaise pas. Et encore Daria Colonna, Benoit Jutras, Carole David, Marie-Élaine Guay. Bref, d’autres vies et d’autres morts que la vôtre.

Sont conviés dans ce recueil:

  • Les suicidés
  • Les morts-vivants
  • Les regrettés
  • Les agonisants
  • Les rebelles
  • Les libérés

Au moment de trépasser, plus rien ne dépasse ni les comptes de banque ni les chaussettes à trous. Plus égaux qu’à la naissance. Habités des mêmes trouilles et questionnements qui grouillent sous les dogmes qu’on a tenté d’édifier en remparts. On redevient poussière d’autant de manières que le nombre d’enfants qu’il reste en nous. Certains avec des roches dans les genoux, d’autres avec des rubans dans les cheveux. Et ça fait du bien d’en parler, de l’exorciser un peu, de lui donner l’attention qu’elle mérite. D’y faire une incursion, les yeux grands ouverts et les pieds sales.

Plus que jamais, conscientisés par cette pandémie, la mort fait partie de nos vies. Et avant d’aller de l’avant, de poursuivre ou de reconstruire, vous trouverez dans ce recueil un moment de recueillement salvateur.

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