la morte mathieu arsenault

La Morte de Mathieu Arsenault : pour la suite des morts

C’est devenu une manie : dès que je lis une critique qui me semble malhonnête ou prétentieuse, j’essaie de mettre la main sur le livre afin de voir ce qu’il en est. Ma lecture de La Morte de Mathieu Arsenault m’a confirmé le bien-fondé de cette habitude, qui permet de découvrir, grâce à une lecture bienveillante et empathique, ce qu’il y a de riche dans et entre les lignes.

Si une certaine critique avide de nouveauté à tout prix pourrait penser qu’il n’y a plus rien à dire sur une jeune autrice décédée en 2013 en laissant une œuvre à peine formée, un lectorat qui sait voir au-delà des mesquineries de l’actualité saura apprécier le récit d’un engagement mutuel, de deux plumes qui s’influencent par-delà la mort. Arsenault nous livre dans La Morte des réflexions sur ce que signifier éditer une œuvre : jusqu’où peut-on intervenir et transformer l’œuvre? Comment restituer les volontés de la voix de Vickie Gendreau qui ne peut plus trancher et prendre des décisions mais qui demeure omniprésente dans la vie de son ami et collaborateur endeuillé, au point où celui-ci peut se décrire à juste titre comme « hanté » ?

Entre les réminiscences oniriques et le récit des réactions de son entourage (qui composent de leur mieux avec la situation), l’auteur annonce un projet qui sera assurément mené à bien : donner forme à l’œuvre afin qu’elle prenne la place qui lui revient dans l’histoire de la littérature québécoise. La Morte est une invitation à (re)découvrir la plume -et les paillettes- de Gendreau, mais aussi à repenser ce que l’on fait de la mémoire ceux et celles qui nous quittent. À travers ce témoignage touchant sur l’engagement et l’amitié, il se dégage aussi des pages une exhortation à vivre pleinement, au delà des conventions mièvres et des compromis aliénants.

Romaine Cauque
Les derniers articles par Romaine Cauque (tout voir)

Laisser un commentaire