Éditorial

Ce sera contre-intuitif pour plusieurs, mais l’horreur a toujours été un refuge pour moi. Certains écoutent des comédies romantiques quand ils sont en peine d’amour. À ma première rupture, j’ai écouté Bitter Moon et Scènes de la vie conjugale. Pas exactement des films d’horreur (quoiqu’il y a encore aujourd’hui peu de choses qui me fassent aussi peur que la relation entre Erland Josephson et Liv Ullmann) mais certainement pas de l’évasion non plus. Plutôt une confrontation aux choses qui me hantaient à l’époque. Confrontation, voilà ce à quoi l’horreur nous invite. Dans un cadre sécuritaire et contrôlé, celui de la fiction, elle nous propose de faire face à nos obsessions et à nos peurs, qu’elles soient individuelles ou collectives. Quitte à en inventer de nouvelles : rares étaient les personnes qui avaient peur de prendre leur douche avant de voir Psycho.

C’est sans doute pourquoi une bonne partie de la population s’est précipitée pour lire et relire La Peste ou pour voir et revoir Contagion au début de la pandémie. Deux œuvres qui encore une fois n’entrent pas dans le genre de l’épouvante mais qui ont réussi à capter quelque chose d’universel qui s’est révélé inspirant pour une collectivité à ce moment précis de notre Histoire. Mais l’horreur, en abordant la peur, celle qui se cache, celle qu’on veut enfouir bien profondément, touche à l’inconscient de son public, de son peuple, de son époque.

Je dois donc dire que le mois d’octobre, avec son ambiance, ses marathons de films d’horreur et sa fête des morts a fait un bien fou. Car ce sont sept mois d’isolement et de privation, de stress et de mauvaises nouvelles qui nous ont fait dire que le numéro de cet automne, ce devrait être un numéro d’épouvante. On a tous besoin d’un peu de fiction qui analyse, défoule et sublime tout ce foutoir qu’on est en train de vivre. Et lire, travailler, corriger et publier ces textes, des textes qui ne parlent pas de la covid-19, au grand diable non, mais plutôt de déambulations, de rumeurs, d’infestation, de propagation, d’autostoppeurs et d’inquiétante bienveillance, ça, ça fait du bien aussi. Il faut quand même changer le mal de place.

Bonne lecture!

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